Léonard naquit à Anchiano, village voisin
de Vinci, près de Florence. Célèbre peintre de
l'école florentine, il fut aussi sculpteur, architecte, ingénieur,
mathématicien, écrivain et musicien.
Il fut, avec Michel-Ange, l'artiste le plus grand et le plus complet
de la Renaissance italienne.
Fils naturel d'un notaire et d'une paysanne, il fut néanmoins
élevé dans la famille paternelle. Son père le fit
entrer, en 1470, dans l'atelier de Verrocchio, où il se lia avec
Pérugin et surtout avec Botticelli. Il y resta quelques années
bien que, dès 1473, il fut inscrit sur la liste des maîtres
peintres de Florence. La plupart des uvres qu'il composa alors
sont perdues, toutefois l'Annonciation du Louvre et l'Adoration
des Mages, inachevée, du musée de Florence, seraient
de cette époque.
En 1487, Vinci alla à Milan, soit envoyé par Laurent de
Médicis comme ambassadeur, soit de son propre mouvement, et entra
au service du duc Ludovic Sforza, dont il devint l'homme de confiance.
Affirmant la diversité de ses talents, il ne fut pas seulement
organisateur des fêtes officielles, mais encore
ingénieur fournissant des plans de canaux,
d'églises, de palais, d'installations hydrauliques,
et toujours peintre et sculpteur.
C'est alors qu'il peignit, pour le couvent des dominicains
de Sainte-Marie-des-Grâces, la célèbre
fresque de la Cène (1497), la Vierge aux rochers
et qu'il élève la statue équestre
de Fr. Sforza (1493), disparue dès le XVIème
siècle.
En 1499, quand les Français étaient à Milan, Vinci
entra au service de César Borgia, comme ingénieur militaire.
Après la chute de celui-ci, il revint à Florence (1503).
On lui confia une partie de la décoration de la salle du Conseil
; il entreprit, à cet effet, la Bataille d'Anghiari, qu'il
n'acheva pas ; il travailla dans le même temps à son chef-d'uvre,
le portrait de Mona Lisa (1505). L'année suivante, il
partit pour Milan où l'appela le gouverneur français Charles
d'Amboise, qui l'engagea au service du roi Louis XII.
Les Français chassés d'Italie et Vinci se rendit à
Rome auprès du pape Léon X. Cependant, en butte aux jalousies,
il alla en 1515 auprès du roi de France, François
1er, qui l'installa au château
d'Amboise. C'est là qu'il mourut, le 2 mai 1519, au Clos-Lucé
dans les bras de son élève Francisco Melzi (et non de
François
1er, comme le veut la légende).
Esprit universel et infatigable, Léonard poussa à ses
plus extrêmes conséquences la passion de savoir et de connaître
qui anima les hommes de la Renaissance.
Ce démon qui le poussait à s'intéresser à
tous les aspects de la vie (anatomie, botanique, optique, géologie,
mécanique, etc.) devait trouver son aboutissement et comme son
apaisement dans les applications et les créations les plus imprévues.
C'est ce dont témoignent ses Carnets où il a consigné
ses réflexions de savant, réflexions que d'admirables
dessins et croquis (études de muscles, dissection d'un crâne,
structures de roches, etc.) accompagnent, comme des preuves apportées
à l'appui d'un théorème. Outre les nombreuses et
fécondes hypothèses qu'il a avancées et que la
science a depuis confirmées, il faut signaler, parmi ses inventions
les plus audacieuses, celle de la "machine volante", issue
de ses études sur le Vol des oiseaux, où il établit
certains principes que reprendra l'aviation.
Pour un génie de cette sorte, il apparaît donc que la peinture
était loin de représenter un objectif en soi ; et si Léonard
lui reconnaît, dans l'ordre de la création artistique,
une suprématie sur tous les autres arts, c'est qu'elle se présente,
pour lui, comme l'acte créateur par excellence, comme l'activité
qui requiert toutes les connaissances et presque toutes les techniques.
Dès lors la peinture devient, entre ses mains, ce mode d'expression
capable de traduire, dans une quintessence visible, ce que la nature
et les hommes recèlent d'âme et de mystère.
Maître incomparable des jeux de la lumière et de l'ombre,
Léonard de Vinci usa du "sfumato", comme on
ne le fit jamais avant ou après lui ; il vit dans ce moyen le
lien qui non seulement unit les êtres au paysage et aux choses,
mais encore les fait participer à la création universelle
et réalise ; au mieux, l'union du sensible et de l'intelligible.
Semblables exigences ne pouvaient s'accommoder d'une production abondante;
et sans doute est-ce là qu'il faut chercher les raisons de la
lenteur avec laquelle il travaillait, retouchant sans cesse ses toiles
ou les laissant longtemps inachevées.
Ce serait méconnaître son ambitieux génie que de
lui reprocher d'avoir si peu peint. C'est précisément
parce qu' "il se refusa à toute spécialisation,
qu'il put réaliser quelques-unes de ces oeuvres d'art qui comptent
parmi les plus sublimes de tous les temps" (Berenson).
Au Louvre, on peut voir une dizaine de ses peintures, acquises pour
la plupart dès le XVIème siècle et dont l'authenticité
n'est plus discutée. Ce sont : le Portrait de Lucrezia Crivelli,
qui passe à tort pour celui de la Belle Ferronnière, la
maîtresse de François
1er ; le Portrait de Mona Lisa, dite la Joconde, du nom de
son mari, Francesco del Giocondo, acheté par François
1er, figure idéalisée, chef-d'uvre d'analyse
et d'expression; une Annonciation ; un saint Jean-Baptiste
au visage rayonnant, enveloppé d'un clair-obscur mystérieux
; la Vierge sur les genoux de sainte Anne ; la Vierge aux
rochers avec un ange et les enfants Jésus et saint Jean,
devant un décor de rochers sombres et déchiquetés
et où apparaît, pour la première fois, la construction
en pyramide, qui deviendra un poncif de l'école académique
; un Bacchus (1505); une copie de la Cène et plusieurs
dessins originaux.
En Italie, à Milan, dans le couvent des dominicains de Sainte-Marie-des-Grâces,
la célèbre fresque à l'huile de la Cène,
très abîmée ou effacée, avec l'admirable
tête du Rédempteur; le Portrait de Vinci par lui-même,
à soixante ans. A Florence; un autre Portrait par lui-même
(musée des Offices) ; une Tête de méduse
mourante ; l'Adoration des mages, pleine de mouvement et de vie;
un dessin d'Isabelle d'Este; le portrait de Ginevra Benci (galerie
Nicolini).
Comme sculpteur, Vinci était connu par le Monument funéraire
de Fr. Sforza, dont il n'exécuta que le modèle en
plâtre, vite disparu ; par son Saint-Jérôme,
haut-relief (à Florence).
On lui attribue aussi un buste de Béatrice d'Este et le
Christ à la colonne de Pérouse, mais sans certitude.
Des collections de cartons, études pour ses tableaux, de nombreux
dessins, peintures sans couleur, mais oeuvres parfaites de vie et de
psychologie, des caricatures ont été recueillis dans les
bibliothèques et musées de Milan, Rome, Florence, Paris
et à la National Gallery de Londres.
Vinci musicien avait inventé un luth. Mentionnons enfin son Traité
de peinture, illustré de dessins, dans lequel il étudie
les principes théoriques de cet art, et qui fera l'admiration
de Poussin.