"
Oncques, en aucun pais, reine
tant belle ni divine ne fut... et comme entre les
belles elle était tenue pour la plus belle
du monde, elle fut appelée damoyselle de Beauté",
rapportait un contemporain de celle qui fut la première
favorite officielle et à laquelle le roi avait
offert la seigneurie et le château de Beauté-sur-Marne.
De combien d'autres faveurs Agnès Sorel fut-elle
l'objet ?
Née, selon la tradition, vers 1410 au village
de Fromenteau, prés d'Yzeures-sur-Creuse, la
belle Agnès apparut pour la première
fois dans les textes en 1444, alors qu'elle était
dame de compagnie d'Isabelle de Lorraine. Ce fut au
moment où cette dernière partit à
la reconquête de son royaume de Naples, à
la fin de cette année-là, que la jeune
femme entra à la cour de la reine Marie d'Anjou,
épouse de
Charles
VII. La dame d'honneur de la souveraine ne tarda
pas à devenir la "
mie" de
l'indolent monarque.
En étant "
si durement assoté" qu'il
ne pouvait plus se passer d'elle "
ni
au lit, ni à table, ni au Conseil",
il la couvrit de tous les privilèges, un chroniqueur
de l'époque affirmant à son propos :
"
Elle avait plus beaux parements de lits,
meilleure tapisserie, meilleure vaisselle, meilleurs
bagues et joyaux, meilleure cuisine, meilleur tout
!" Durant les cinq années qu'elle
passa dans l'entourage du roi, Agnès Sorel
vécut essentiellement en Touraine, résidant
tantôt à
Chinon,
tantôt à
Huismes,
ou encore à
Beaulieu-lès-Loches,
dans une maison dite depuis d'Agnès Sorel.
La Dame de Beauté accompagna aussi la cour
dans nombre de ses déplacements, notamment
à Mehun-sur-Yèvre, l'un des lieux de
séjour préférés du "
petit
roi de Bourges".
Jacques Cur, le célèbre financier
du souverain, fut d'ailleurs l'exécuteur testamentaire
de la favorite, qui joua aussi un indéniable
rôle politique.
Inspiratrice de la reconquête et du renouveau
économique du royaume, elle contribua notamment
en coulisses aux réformes de l'armée,
de la justice et de la fiscalité.
Assistant à nombre d'entretiens politiques,
la "
maîtresse régnante" sut
en effet orienter les choix d'un souverain auquel
on avait jusqu'alors reproché un piètre
entourage et une certaine mollesse.