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Charles
Péguy - (1873-1914) |
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Né à Orléans, le 7 janvier
1873, il est le fils d'une rempailleuse et d'un menuisier.
L'excellence de ses résultats scolaires lui permet d'obtenir
une bourse pour rentrer au lycée d'Orléans
: à Pâques 1885, ce fils du peuple découvre "les
humanités". Neuf ans plus tard il est admis à l'École
Normale Supérieure pour préparer l'agrégation de philosophie.
Renonçant à la foi catholique, il se convertit, vers 1895, au socialisme
: Jean Jaurès, Lucien Herr et Charles Andler l'ont convaincu que "l'on ne peut sauver des misères morales et mentales tant que
l'on ne sauve pas des misères économiques".
Sa première oeuvre, Jeanne
d'Arc, parue en 1897, sera dédiée à
toutes celles et à tous ceux qui ont tâché
de "porter remède au mal universel humain". |
Quand l'affaire Dreyfus éclate, il s'enrôle
pour "la réalisation de la justice et la manifestation de la vérité",
puis, marié avec la soeur de son plus intime ami, Marcel
Baudouin, il démissionne de l'École et investit dans une
librairie socialiste le capital mis à sa disposition par
sa belle-famille.
A l'issue du congrès socialiste de 1899, sa révolte contre la discipline
autoritaire du Parti le conduit à fonder une revue où s'exprimeraient librement
ses amis : les Cahiers de la Quinzaine. Commencée en janvier
1900, la publication se poursuivra jusqu'en 1914, sous le patronage secret
de Bernard Lazare, figure exemplaire en qui s'incarne la défense
des droits de l'homme. Choisissant pour programmede "dire la vérité,
toute la vérité, rien que la vérité", Charles Péguy publie des
Textes formant dossier sur les aspects brûlants de l'actualité (séparation
de l'Église et de l'État, défense des peuples opprimés, crise de l'enseignement).
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Lui-même, journaliste et chroniqueur, dialogue avec ses abonnés pour
dénoncer la démagogie ambiante et les totalitarismes à
venir : Réponse brève à Jaurès, De la raison,
Courrier de Russie, Les Suppliants parallèles.
En 1905, la menace allemande lui inspire un texte vibrant, au titre lapidaire
: Notre patrie.
La veillée d'armes commence pour cet officier de réserve.
Située 8 rue de la Sorbonne, la boutique des Cahiers
est le rendez-vous des intellectuels et des artistes amis
de Péguy. Mais peu à peu le gérant dévoué va se transformer
en un grand écrivain... Son combat contre le "Parti
intellectuel" et le "Monde moderne", mené
en de multiples Situations (1904 à 1907), l'a reconduit
vers la foi de son enfance. Dès 1908, il en fait la confidence
à son ami Joseph Lotte et, en 1910,
Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc formule en termes chrétiens
les réponses aux questions angoissées que posait l'oeuvre de 1897. Péguy
est alors contraint de multiplier les mises au point sur son évolution politique
et religieuse : Notre jeunesse, Victor-Marie, comte
Hugo (1910), Un nouveau théologien, M. Fernand Laudet (1911). |
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En dépit du tourment qu'engendre un amour impossible, de la précarité financière
des Cahiers, des insatisfactions familiales, des échecs temporels,
l'Espérance éclaire ses plus beaux textes poétiques :
Le Porche du mystère de la deuxième vertu (1911),
Le mystère des saints Innocents (1912),
La ballade du coeur qui a tant battu (1910-1912),
La Tapisserie de Notre-Dame (1913).
En 1912, l'infatigable marcheur dont la vie fut une croisade permanente
choisit la cathédrale de Chartres pour terme de son pélerinage.
Le 2 août 1914, la mobilisation générale le contraint d'interrompre sa
Note conjointe sur M. Descartes et la philosophie cartésienne,
plaidoyer pour la défense de Bergson.
Le 5 septembre, il meurt à Villeroy en menant sa section à l'attaque.
Ève, son oeuvre testamentaire, pouvait dès lors apparaître comme
prophétique : |
| Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,
Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre.
Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre.
Heureux ceux qui sont morts d'une mort solennelle. |
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