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Le
Plan Loire Grandeur Nature |
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Au cours des années 1970, la définition d’un vaste projet
de lutte contre les inondations et pour le soutien des étiages, comportant
le renforcement des levées et la construction de plusieurs grands
barrages, a été élaborée. Deux courants d’opinion
ont commencé à s’affronter à partir de 1980, schématiquement :
celui des "aménageurs" estimant que les moyens techniques
modernes permettaient de maîtriser les débits fantasques de
la Loire (en crue comme en étiage), d’assagir le fleuve et de poursuivre
les implantations humaines dans les zones jusqu’alors inondables,
celui des "écologistes" estimant que ces grands
investissements étaient illusoires, que le dernier mot reviendrait
toujours au fleuve qui retrouverait tôt ou tard le chemin des zones
inondables et qu’il valait mieux tenir compte de ses " caprices "
en recherchant un développement moins vulnérable.
Dans le souci de concilier le développement économique et
la protection de l’environnement, le gouvernement français a arrêté
le 4 janvier 1994 un Plan Loire Grandeur Nature, concernant l’ensemble du
bassin de la Loire :
"Le gouvernement décide d’un plan global à
10 ans d’aménagement de la Loire visant à concilier la sécurité
des personnes, la protection de l’environnement et le développement
économique".
Ce plan s’inscrit dans le cadre du débat national sur l’aménagement
du territoire et dans une perspective de développement durable.
Il a été complété par une charte d’exécution
conclue le 6 juillet 1994 entre l’État, l’Etablissement Public d’Aménagement
de la Loire et des ses Affluents (EPALA) (syndicat mixte regroupant les
principales collectivités territoriales du bassin : régions,
départements, grandes villes) et l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne.
Cette charte précise les grandes actions à mener en commun
sur cette période et les moyens financiers affectés.
Le plan comporte trois grands volets :
La sécurité des populations face au risque d’inondation :
publication de la carte des risques en zone inondable, contrôle strict
des constructions, renforcement des moyens d’alerte et d’annonce de crues.
La satisfaction des besoins quantitatifs et qualitatifs en eau :
soutien des étiages très sévères de la Loire,
relèvement de la ligne d’eau en basses eaux, (le lit du fleuve s’étant
abaissé suite aux travaux réalisés en faveur de la
navigation et aux extractions massives de granulats, au cours des dernières
décennies).
La restauration de la diversité écologique du milieu :
actions en faveur des poissons migrateurs (saumon, alose, lamproie), reconquête
de l’estuaire dégradé par le développement portuaire,
reconstitution des milieux naturels, protection des espaces naturels et
maîtrise des paysages.
Ce programme d’actions est à ce jour largement engagé.
2. Le Plan Loire
et le paysage |
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Les actions du Plan Loire concernant exclusivement le paysage, tel qu’arrêté
en janvier 1994, sont les suivantes :
"Le gouvernement lancera, en liaison avec les collectivités
concernées, une étude détaillée des paysages
les plus typés et les plus menacés."
Deux études ont été engagées :
- la première inventorie les sites classés ou protégés
selon les diverses possibilités réglementaires sur le cours
de la Loire. Cet inventaire est particulièrement long, car les qualités
du site de la Loire ont justifié, au cours des temps, la mise en
place de nombreuses protections. Le dossier présenté en 1999
pour l’inscription du Val de Loire énumère en détail
ces diverses mesures.
- une seconde étude vise à définir les grands types
de paysages ligériens tout au long du cours de la Loire et à
ébaucher des premières recommandations pour une gestion paysagère.
Elle vient de s’achever fin 1999. Elle propose de répartir le cours
de la Loire, des sources à l’estuaire, en 9 séquences. Le
site proposé à l’inscription par l’UNESCO couvre sensiblement
quatre séquences : le val d’Orléans, le val blésois,
le val de Touraine, le val d’Authion.
Pour chaque séquence, l’étude décrit d’abord les grandes
lignes du paysage et en rappelle la genèse. Elle se termine par des
préconisations visant soit à maintenir durablement la qualité
paysagère, soit à la restaurer.
Ces indications sont à la base des réflexions de la structure
de coordination pour la gestion du patrimoine paysager et culturel.
"Le gouvernement décide de demander l’inscription d’une
partie significative du val de Loire à la liste des paysages culturels
du patrimoine mondial géré par l’UNESCO."
Avant de présenter cette demande en 1999, l’État
a tenu à s’assurer que les actions prévues par le Plan Loire
Grandeur Nature, en partenariat avec les collectivités locales, étaient
suffisamment engagées. Dès qu’il a été démontré
qu’un authentique développement durable était possible et
que l’État et les collectivités partageaient les mêmes
objectifs, la demande d’inscription à la liste du patrimoine mondial
des paysages culturels apparaissait comme la reconnaissance officielle de
la qualité du site et des volontés communes d’un aménagement
respectueux du patrimoine.
Cependant au delà de cette action "directe" sur le paysage,
le Plan Loire agit de façon "indirecte" par l’intermédiaire
de multiples thèmes.
3. La sécurité
vis-à-vis du risque d’inondation |
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La sécurité des personnes et des biens vis-à-vis du
risque inondation est la grande priorité du Plan Loire Grandeur Nature.
Le paysage de la Loire reste marqué par les fortes crues des siècles
passés et par les ouvrages construits par l’homme pour s’en préserver.
Elle passe par un ensemble de dispositions que le Plan Loire a prévu
de mettre en œuvre :
- connaissance des phénomènes naturels, prévision des
crues et dispositifs d’alerte et de secours
- contrôle de l’urbanisation des zones inondables et maintien des
champs d’expansion des crues
- actions pour la protection des lieux habités, entretien du lit
et des levées
- mesures de réduction des dégâts liés à
l’inondation pour les biens situés en zone inondable
- mesures permettant le retour rapide à la vie normale après
la crue
En amont de ces dispositions, l’État et ses partenaires ont engagé
dés 1994 une étude de la propagation des crues et des risques
d’inondation en Loire moyenne. Une équipe pluridisciplinaire de 7
personnes a été constituée et a réalisé
une modélisation numérique du cours de la Loire (sur 400 kilomètres)
permettant de simuler différents niveaux de crues possibles et leurs
conséquences sur les vals.
La totalité du site proposé à l’inscription est concernée
par cette étude.
Cette simulation décrit précisément l’hydrologie des
crues, la vulnérabilité des vals et de leurs moyens de protection
et donc des lieux habités et des biens économiques situés
à l’intérieur de ceux-ci. Une étude des enjeux socio-économiques
exposés au risque complète ce travail. Afin de sensibiliser
les élus et les populations, de nombreuses réunions d’information
sur ces nouvelles connaissances ont été organisées,
avec l’aide de l’équipe, dans les départements.
Une stratégie de réduction des risques liés aux fortes
crues a ainsi pu être élaborée par les services de l’État
et proposée aux collectivités en 1999. Elle s’appuie sur un
programme d’actions qui pourraient être mises en œuvre dans les 10
à 20 ans.
Parmi toutes ces dispositions concernant la sécurité, plusieurs
auront un impact fort sur le paysage :
Le contrôle de l’urbanisation qui a pour but de contenir les
zones construites dans les périmètres actuellement occupés
et d’éviter la dispersion de l’habitat dans le paysage (lutte contre
le mitage). Il nécessite des réglementations sévères
et acceptables par les populations et leurs représentants.
La préservation des champs d’expansion des crues : mesure
favorisant l’étalement des crues sur des terrains où leurs
effets sont peu dommageables. La hauteur d’eau est de ce fait réduite
dans la traversée des agglomérations situées à
l’aval. La mise en œuvre de cette mesure conduit à maintenir des
paysages naturels par la préservation, en fond de vallée,
de prairies vouées à l’élevage. Par ailleurs l’inondation
de ces champs est une action bénéfique pour la recharge des
nappes alluviales.
L’entretien du lit du fleuve et des levées : il consiste
principalement à contrôler la végétation située
entre les levées et qui pourrait freiner l’écoulement des
eaux en cas de crue. Cet entretien a été négligé
durant de nombreuses décennies. La nouvelle prise de conscience de
l’importance de ce travail s’accompagne, en zone urbaine, d’études
paysagères pour satisfaire au double objectif de faciliter l’écoulement
des eaux et de maintenir un paysage de qualité. Une telle étude
est en cours dans la traversée d’Orléans.
La simulation a montré que le risque majeur, lors d’une crue, est
actuellement la rupture de levées. Leur entretien reste une préoccupation
des services gestionnaires.
4. La restauration
du patrimoine |
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Le Plan Loire a permis d’engager plusieurs actions pour restaurer le patrimoine
:
Etablissement de mesures réglementaires : par exemple des
dispositions ont été prises dans le département de
Maine-et-Loire, pour maîtriser dans la vallée de la Loire les
plantations de peupliers au détriment de la prairie naturelle.
L’objectif est de maintenir un paysage ouvert de prairies et de haies entretenu
par l’élevage, de préférence à un paysage monotone
de peupleraies constitué d’arbres de même hauteur et de même
couleur en formation géométrique.
Des restaurations de milieux naturels : conduites avec le concours
financier de l’Union Européenne, par des associations de protection
de la nature dans le but d’y mener des opérations exemplaires pouvant
être reproduites ailleurs. Sur les 10 sites restaurés à
ce jour sur le cours de la Loire et de l’Allier, deux concernent la zone
proposée au classement de l’UNESCO :
- les méandres de Guilly (entre Sully-sur-Loire et Châteauneuf-sur-Loire) :
dans ces méandres, l’île aux Canes, présente un milieu
écologiquement diversifié et très riche de 92 hectares
(présence en particulier du balbuzard). Le projet a permis de maîtriser
le domaine foncier et, après avoir éliminé les espèces
arbustives indésirables (robinier-faux-acacia) à assurer la
gestion pastorale de l’île grâce à un troupeau ovin qui
garantit ainsi la pérennité du paysage traditionnel.
- le val de Montlouis (situé entre Amboise et Tours) : il s’agit
de protéger les îlots situés dans le lit de la Loire
ainsi que les forêts alluviales de ses rives. L’originalité
de la démarche a été de maîtriser simultanément
des terrains privés et des terrains appartenant au domaine public
pour aboutir à un ensemble cohérent de 560 hectares où
sont conciliés le libre écoulement des crues et le maintien
de la qualité écologique et paysagère.
La remise en eau d’anciennes annexes hydrauliques du fleuve asséchées
par l’enfoncement progressif du lit de la Loire permet de retrouver la diversité
biologique (faune et flore), de restaurer des habitats pour le poisson et
de rétablir un paysage typique des bords de la Loire. Par exemple,
à Beaugency, le lit du fleuve a été restauré
et toutes les arches du pont historique ont été réouvertes
à l’écoulement de l’eau, rendant ainsi au paysage son aspect
originel.
La sauvegarde et la restauration des cales et des quais : souvenirs
nombreux du très grand développement de la marine fluviale
de Loire qui ponctuent les villages riverains. Depuis 1994, les collectivités
ont pris conscience de la valeur de ce patrimoine et ont engagé sa
restauration. Ces initiatives ont été particulièrement
soutenues en région Pays de la Loire, notamment par un colloque organisé
en 1998 par le Conservatoire régional des rives de la Loire et de
ses affluents.
5. Le développement
de la concertation |
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L’application des différentes actions inscrites dans le Plan Loire
a exigé des mesures spécifiques de concertation, dans le respect
des compétences de chaque partenaire :
Au niveau de l’État, avec la désignation d’un préfet
coordonnateur du Plan Loire, assisté par un chargé de mission
interministériel.
Au niveau du bassin de la Loire, dans le cadre du comité de
bassin avec la création d’une commission spécifique "la
commission Loire".
Au niveau technique par la désignation de coordonnateurs pour
les principaux thèmes d’activités.
Pour le suivi du dossier d’inscription et la gestion durable du site,
la ministre de la culture et de la communication a, par lettre du 27 octobre
1999, confié à Monsieur Alain Marais, ancien directeur régional
des affaires culturelles du Centre, une mission de coordination de cette
opération.
Au delà de ces structures, la concertation a été permanente
avec les collectivités territoriales, directement ou à travers
leur regroupement dans l’EPALA, ainsi qu’avec les associations, en particulier
dans le cadre du contrat européen "LIFE Loire nature" (L’Instrument
Financier de l’Environnement). Elle est la marque de la volonté des
élus et des responsables de gérer en commun le patrimoine
du Val de Loire.
Ainsi un dialogue constant s’est instauré grâce auquel des
préoccupations communes ont pu émerger, dont en tout premier
lieu, la préoccupation paysagère.
Le gouvernement a souhaité donner une nouvelle impulsion au Plan
Loire en 1999, alors qu’il en était à mi-parcours de sa réalisation.
Les travaux préparatoires conduits sous l’autorité du préfet
coordonnateur ont explicitement réservé une place au paysage,
au patrimoine et à la culture.
Le comité interministériel pour l’aménagement et le
développement du territoire du 23 juillet 1999 a pris en compte ces
réflexions et a défini les priorités de l’État
pour la période 2000-2006 sur la base desquelles se négocient
les contrats de plan État - Régions. Le Plan Loire est ainsi
prolongé jusqu’en 2006.
Cette décision retient trois priorités pour la deuxième
phase du Plan Loire :
- la sécurité des populations face au risque d’inondation
- l’amélioration de la gestion de la ressource en eau et des espaces
naturels et ruraux des vallées
- la mise en valeur du patrimoine naturel, paysager et culturel des vallées
ligériennes.
L’affirmation forte de cette dernière priorité constitue une
inflexion officielle du Plan vis-à-vis de la décision du 4
janvier 1994 et traduit bien les progrès des notions de paysage et
de culture dans les mentalités depuis ces six dernières années.
L’engagement de l’État est sans équivoque :
"La mise en valeur du patrimoine naturel, paysager et culturel des
vallées s’inscrit dans un objectif de développement durable
(…). La mise en valeur des paysages, en particulier en accompagnement
de la procédure d’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO,
sera encouragée. L’État apportera dix millions de francs à
cet effet (...) L’État pourra apporter des financements
à hauteur de soixante millions de francs pour encourager la mise
en œuvre d’opérations de valorisation du patrimoine, des sources
de la Loire à l’estuaire ..."
La négociation des contrats de plan entre l’État
et les régions a permis de constater le bon accueil de ces propositions
et la volonté des collectivités territoriales d’être
des partenaires majeurs de ces programmes. |
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