Azay s'élève à l'extrémité d'une île
de l'Indre, à l'emplacement d'un ancien château
féodal.
Au XVème siècle, la famille Berthelot acquiert peu à peu
les terres de la seigneurie d'Azay et, dans les années 1510, Gilles
Berthelot, contrôleur général des finances et trésorier
de France, décide la construction d'un château neuf. Les
comptes nous apprennent qu'en son absence, son épouse Philippe
Lesbahy dirige le chantier, comme Catherine Briçonnet à
Chenonceau.
Les travaux s'arrêtent en 1528 lorsque Gilles Berthelot, compromis
dans une affaire de "
fraudes, faultes et abus commis sur le faict
des finances royales", est contraint de prendre la fuite pour échapper à la
justice royale. Le château reste inachevé.
À cette date, deux ailes ont été construites. Le corps de
logis principal occupe le fond de la cour, au sud. L'aile en retour, à l'ouest,
mène au jardin par un passage voûté percé en son centre.
Le projet initial prévoyait sans doute une seconde aile en retour, à l'est,
quin'a pas été construite. Toutefois, lorsque Gilles Berthelot
prend la fuite, le château n'a pas sa configuration actuelle car
des bâtiments de l'ensemble médiéval subsistent à l'est
et au nord, dans l'attente d'être remplacés par des ailes
Renaissance. Ces parties anciennes sont détruites plus tardivement, à la
fin du XVIIème ou au début du XVIIIème siècle.
Au XIXème siècle, les Biencourt, propriétaires du
château, ajoutent une tourelle à l'extrémité du
corps de logis principal, pour faire pendant à la tour placée à l'extrémité de
l'aile ouest qu'ils transforment en tour "Renaissance". Conduite
dans un souci d'unité, cette restauration résulte d'une
mauvaise compréhension du projet de
Gilles Berthelot.
La tour médiévale de l'aile ouest, vestige d'un ancien
château, a valeur symbolique de "donjon". Avec les fortifications
de fantaisie et les meurtrières qui n'ont jamais été conçues
pour servir, elle fait partie des signes traditionnels du château
fort et affirme le pouvoir et la noblesse du commanditaire, qui, comme à Chenonceau,
est un homme nouveau.
Si l'aspect général d'Azay demeure traditionnel, l'ordonnance
des façades témoigne d'un souci de régularité propre à la
nouvelle architecture de qualité, qui transparaît en
particulier dans la dispositions des ouvertures. Le grand escalier qui
dessert le logis est le trait de génie d'Azay. Il réalise
la synthèse entre deux formules a priori incompatibles,
celle de l'escalier rampe-sur-rampe dans-oeuvre utilisée en Italie,
et celle de la vis hors-oeuvre à laquelle l'imaginaire français
est si fortement attaché.
Le constructeur d'Azay adopte le système de l'escalier rampe-sur-rampe
dans-oeuvre mais il l'adapte complètement aux préoccupations
françaises. L'escalier constitue
l'entrée principale du château, il occupe le centre du corps
de logis, alors qu'en Italie il est généralement dissimulé dans
une aile, et il domine la cour de sa haute façade ouverte de loggias
et couronnée d'une lucame monumentale. Ses baies ne sont pas placées
au même niveau que celles de la façade et cette rupture
architecturale affirme plus encore la présence de l'escalier dans
le logis, en même temps qu'elle résout de façon heureuse
le délicat problème de l'éclairage.
Tout concourt à signaler l'escalier dans la façade : malgré son
parti novateur l'escalier d'Azay évoque le volume d'une vis.
À l'intérieur, les voléessont couvertes de voûtes
plates à caissons inspirées de l'Italie mais portées par
des arcs-diaphragmes qui en fragmentent la surface et qui développent
le décor en hauteur dans un esprit très gothique.
La porte qui ouvre sur le passage menant au jardin, au centre de l'aile
ouest sur cour, fait preuve d'une même richesse d'invention. Entourée
d'un cadre mouluré qui suggère un chambranle, elle est
surmontée d'un fronton double, le premier en forme de trapèze
curviligne, le second, triangulaire, avec des
putti juchés
sur les rosettes latérales.
Ce couronnement associe un répertoire propre à la première
Renaissance française - le trapèze curviligne dont le château
de Bury a lancé la mode -, et un motif italien - le fronton triangulaire.