Châteaudun se dresse à pic au-dessus de
la
vallée
du Loir qu'il domine de près de soixante mètres
de hauteur.
Il remplace une forteresse médiévale dont subsiste l'énorme
donjon de la fin du XIVème siècle que Dunois préserve comme
signe éloquent de son pouvoir féodal lorsqu'il entreprend d'élever
un nouveau château au milieu du XVème siècle.
La personnalité de Jean d'Orléans, comte de Dunois, compagnon de
Jeanne
d'Arc, éclaire cette entreprise ambitieuse. Également connu
sous le nom du bâtard d'Orléans, Jean d'Orléans est le demi-frère
de Charles d'Orléans qui lui donne en 1439 le comté de Dunois dont
Châteaudun est la capitale, en récompense de ses talents militaires.
Il reçoit aussi du roi le comté de Longueville et il est légitimé en
1451, ce qui fait de lui un prince de sang dont les descendants vont former la
branche des Orléans-Longueville.
Aussitôt Dunois entreprend de construire un château à la mesure
de son nouveau rang.
Dès 1450, il refait la couverture du donjon dont l'énorme masse
circulaire s'appuie sur des murs de quatre mètres d'épaisseur à la
base, et il y aménage sa "librairie".
En 1451, il commence la chapelle qui comporte une chapelle basse réservée
au seigneur et une chapelle haute à l'usage des serviteurs, selon une
organisation inversee par rapport à la tradition.
Le dessin délicat des voûtes triangulaires de la nef, les remplages
flamboyants, et la série des douze grandes statues en font un bel ensemble
du XVème siècle.
En 1456, Dunois obtient du roi un fragment de la Croix provenant des reliques
acquises par saint Louis et en 1468 l'édifice est érigé en
sainte chapelle.
Puis, vers 1460, Dunois élève l'aile ouest et le grand escalier
situé en retour dans l'aile nord. Pour le logis comme pour la chapelle,
il fait appel à un maître maçon de Rouen, ce qui s'explique
parfaitement par les échanges de l'époque : la rivière du
Loir, prolongée par l'Eure, est une voie navigable entre l'Anjou et la
Normandie.
La mort de Dunois interrompt les travaux vers 1470 et empêche la construction
de l'aile nord qui sera élevée par son petit-fils François
II de Longueville à partir de 1510 environ.
La forteresse de Dunois est impressionnante en raison du site, l'escarpement
lui donne un aspect formidable, mais elle n'est pas pourvue d'un réel
appareil défensiien dehors du machicoulis.
Seules des échauguettes pointues remplacent les habituelles tours d'angle;
le chemin de ronde ne comporte pas de meurtrières mais s'ouvre par des
lucarnes.
Le grand escalier est un véritable chef-d'oeuvre, avec une façade
complètement ouverte en "loggias" couronnées d'extraordinaires
frontons à remplages flamboyants, empruntés à l'architecture
religieuse.
C'est le seul cas connu d'escalier en vis construit à l'intérieur
d'un bâtiment, à une époque où toutes les vis sont
hors-oeuvre. Il fallait donc trouver, pour signaler cet escalier invisible, une
façon originale de l'exprimer dans la façade.
L'idée est ainsi née d'utiliser un système de travée
d'église double où l'on retrouverait le niveau des grandes arcades
et celui des fenêtres hautes.
Toutefois, la présence d'une traverse et l'utilisation d'un seul meneau
distinguent l'ouverture d'une véritable baie religieuse où le remplage
est porté par des trilobes qui reposent sur plusieurs meneaux.
À l'intérieur, de grands paliers rectangulaires s'intercalent entre
la vis et la façade.
Ils donnent plus d'aisance à la circulation et apportent une solution élégante
au problème de l'ouverture des portes sur un escalier en vis.
L'aile nord, construite par François II de Longueville entre 1510 et 1518,
est desservie par un second escalier qui reprend le même parti que celui
de Dunois, avec un décor italianisant.
Cette dernière campagne de travaux est particulièrement intéressante
parce qu'elle s'enrichit de l'influence de Gaillon en Normandie, bien perceptible
dans le détail des motifs ornementaux.