Découvert à l'aube, lorsque
la Loire joue de couleurs étonnantes, le château
de Saumur qui la surplombe, révèle une
silhouette de conte de fées. Est-ce pour cela
que le
Roi
René le baptisa "
le Château
d'Amour" ?
Saumur devint une place forte protestante au XVIIème siècle.
Aujourd'hui le château abrite, dans les anciens appartements des Ducs d'Anjou,
une collection d'arts décoratifs et, sous les combles aux voûtes
en forme de carène de navire, un musée du cheval consacré au
harnachement à travers le monde, de l'antiquité à nos jours.
Dressé sur une hauteur qui commande
la vallée de la Loire, Saumur est d'abord une
place fortifiée.
Au XIème ou au XIIème siècle, une tour maîtresse
de plan carré occupe le coteau. Il subsiste de cette première
construction, le niveau bas qui correspond à la salle voûtée
située sous la cour, et une face intégrée dans la
façade du corps de bâtiment situé à droite de
l'entrée.
Au XIIIème siède, on enveloppe ce "donjon" d'une
enceinte à peu près carrée, cantonnée de quatre
tours rondes dont la partie inférieure existe encore. Les tours
sont reprises sur un plan hexagonal dans leur partie haute lors de la reconstruction
du château.
En effet, dans la deuxième moitié du
XIVème siècle, Louis Ier d'Anjou, frère
de
Charles
V et de Jean de Berry, transforme cette forteresse
en un château à l'architecture merveilleuse,
immortalisée par une enluminure des
Très
Riches Heures du duc de Berry.
D'un raffinement extrême, cette peinture illustre le mois de septembre,
avec, au premier plan, une scène de vendanges, et au second plan,
le château de Saumur.
Toutes les parties hautes du château se découpent minutieusement
sur le ciel bleu en un couronnement somptueux : les parapets crénelés,
les toitures élevées, les cheminées, les lucarnes,
les girouettes aux fleurs de lys dorées. L'appareil défensif
devient prétexte au décor, des fleurs de lys ornent les merlons
et des trilobes relient les consoles. Toute cette animation ne paraît
plus aujourd'hui, les girouettes ont disparu et les chemins de ronde ont été couverts,
gommant les découpes des parapets sur le ciel.Cependant, on peut encore comprendre le luxe de la
demeure du duc d'Anjou en pénétrant dans
la cour du château.
Louis Ier fait détruire la tour qui encombre la cour pour donner de l'espace.
Ce geste est novateur si l'on songe que l'habitude de conserver le donjon à proximité du
château neuf se prolonge jusqu'au XVIème siècle : il faut
attendre 1528 pour que
François
Ier décide de détruire la vieille tour circulaire qui encombre
le Louvre.
Louis Ier d'Anjou cherche à créer de grands espaces et se préoccupe
d'apporter un certain confort à sa résidence. Il fait doubler en épaisseur
le logis situé au fond de la cour par un corps de galeries à plusieurs
niveaux qui repose sur des arcades, ouvert au rez-de-chaussée, fermé aux étages.
Ces galeries desservent le logis et donnent plus d'aisance à la circulation.
Au fond de la cour à gauche, la vis, légèrement hors-oeuvre,
est ouverte en "
loggias" et décorée de niches à dais
destinées à recevoir des statues.
L'escalier conduit à la salle, dans l'aile gauche, qui n'existe plus aujourd'hui.
À l'intérieur, près des baies, des coussièges permettent
de s'asseoir et de regarder le spectacle de la cour.
Saumur présente une parenté avec le Louvre de
Charles
V où se trouve un escalier similaire, orné de statues dans
des niches.
La période fastueuse de Saumur s'achève à la mort de René d'Anjou
en 1480, lorsque le château entre dans le domaine royal.
À la fin du XVIème siècle, il retrouve sa vocation de forteresse
puis est transformé en prison d'état sous Napoléon Ier.