LA FORTERESSE ROYALE DE CHINON

Château de Chinon

Forteresse royale de Chinon

La forteresse royale de Chinon fut édifiée sur un éperon rocheux dominant la rivière Vienne et la ville. Le contrôle du passage sur cet affluent de la Loire était ainsi rendu plus aisé. Le village puis la ville de Chinon se développèrent plus bas, au bord de la Vienne.

L’ensemble de la forteresse fut structuré en trois parties distinctes que l’on retrouve sous la forme de trois tours sur les armoiries de Chinon.

Ces trois parties, d’ouest en est sont le fort du Coudray, le château du Milieu, et le fort Saint-Georges, tous dotés d’une enceinte indépendante. Les principaux logis et le prieuré Saint-Melaine se situent dans le château du Milieu.

Les trois châteaux - Chinon

A la fin de l’Empire romain, le promontoire dominant la Vienne fut fortifié par l’édification d’une muraille de 2,40 m d’épaisseur. L’enceinte comportait une douzaine de tours qui permirent à Chinon de résister à un siège mené par les Romains en 463.
Cette forteresse fut occupée aux époques mérovingienne et carolingienne. 

Château de Chinon

Le château, comportant un logis comtal et une tours se constitua entre les VIe et Xe siècles.

Les comtes de Blois, vassaux du duc des Francs puis du roi des Francs occupèrent la forteresse au Xe siècle. Thibaud Ier, comte de Blois, fit construire une tour en 954. 

La forteresse de Chinon étant devenue un enjeu territorial entre les comtes de Blois et d’Anjou, de grandes transformations furent entreprises dans la première moitié du XIe siècle. Un rempart plus conséquent fut construit et un prieuré édifié à l’intérieur de l’enceinte.

En 1044, les comtes d’Anjou  s’emparèrent de la Touraine et la forteresse de Chinon fut cédée à Geoffroy Martel à qui succéda en 1060 son neveu Foulques IV. Ce dernier fit achever la nouvelle enceinte. En 1109, l’Anjou atteignit sa configuration définitive avec, comme voisins, le roi de France, le duc d’Aquitaine et le duc de Normandie. Geoffroy le Bel, petit-fils de ce dernier  choisit le surnom de Plantagenêt, conservé par la dynastie dont son arrière-petit-fils, Henri II.
En 1205, la forteresse de Chinon fut conquise par Philippe Auguste, roi de France.

Forteresse de Chinon au XVe siècle
Reconstitution de la forteresse de Chinon à l'époque de Charles VII, au XVe siècle

Afin d’assurer l’unité de son empire s’étendant des Pyrénées à l’Écosse, Henri II Plantagenêt, héritier de la couronne d’Angleterre, fit de Chinon sa capitale continentale. C’est alors que la forteresse prit ses dimensions définitives.
Henri II Plantagenêt enferma à Chinon une partie du trésor royal et y effectua plusieurs séjours entre 1160 et 1180. En 1173, il écarta du pouvoir son épouse, Aliénor d’Aquitaine, et la fit enfermer à Chinon.
Henri II, abandonné des huit enfants que lui avait donné Aliénor, mourut à Chinon en 1189. C’est à lui que la forteresse doit l’édification du fort Saint-Georges et d’un palais en son sein.  Ce palais fut découvert lors de récentes fouilles archéologiques.

A la mort de Richard Cœur de Lion en 1199, son frère, Jean sans Terre, fils d’Henri II et d’Aliénor, put ceindre la couronne d’Angleterre. Il renforça les défenses de la forteresse de Chinon afin de résister au roi de France. Le fort Saint-Georges fut fortifié et devint un poste avancé protégeant le château principal depuis la route de Tours. Jean sans Terre, conscient de l’importance stratégique de la forteresse, la prépara à la guerre. Tours et remparts furent créés ou renforcés et l’extrémité occidentale du promontoire devint le fort du Coudray.

Jean organisa l’enlèvement d’Isabelle d’Angoulême et l’épousa à Chinon. Philippe II, roi de France,  prenant prétexte de ce rapt, confisqua les possessions continentales des Plantagenêt. À l’automne 1204, les armées de Philippe II mirent le siège devant la forteresse de Chinon. Après un siège de neuf mois, le roi de France prit la forteresse de Chinon le 23 juin 1205.

Vue du château de Chinon de la rive gauche de la Vienne, après la restauration de 2006-2009
Vue du château de Chinon de la rive gauche de la Vienne, après la restauration de 2006-2009

Philippe II Auguste décida alors d’augmenter les défenses de Chinon. Les remparts sont renforcés par plusieurs tours munies d’archères ménagées dans l’épaisseur totale du mur. L’entrée principale de la forteresse est rendue monumentale par la construction de la porte des Champs, entre le château du Milieu et le fort Saint-Georges. La tour-porte de l’Horloge reçut une herse. 

A la fin du mois d’août 1308, la forteresse connut un épisode important de l’affaire de l’ordre du Temple, résultant d’une lutte de pouvoir entre le roi de France, Philippe le Bel, et le pape Clément V.
Afin de confisquer l’or des Templiers, le souverain chargea Guillaume de Nogaret de réunir des témoignages relatifs aux déviances de l’ordre. Des aveux furent obtenus sous la torture. Le roi manoeuvra afin de maintenir le pape à l’écart.

Après l’arrestation de tous les membres de l’ordre, Philippe le Bel accepta d’envoyer soixante-quinze templiers devant le pape. Cependant il fit retenir à la forteresse de Chinon les quatre dignitaires de l’ordre, dont le grand maître Jacques de Molay, afin de faire capoter toute tentative d’absolution par Clément V.

En conséquence, le pape envoya à Chinon trois cardinaux chargés d’interroger les dignitaires dans la perspective de les réintégrer au sein de l’église catholique.  Le parchemin de Chinon fut l’acte authentique consécutif à cette entrevue ; les dignitaires confessaient leurs fautes préalablement à leur absolution. Le roi de France ne tint compte de ce repentir et les fit condamner au bûcher.

Les graffitis des Templiers, dans les geôles de la tour du Coudray
Les graffitis des Templiers, dans les geôles de la tour du Coudray

Sous le règne de Charles VII, la forteresse adopta sa configuration définitive : trois ailes autour d’une cour. La reine, Marie d’Anjou, principale occupante de 1435 à 1461 fut à l’origine de nombreux aménagements.

Sous la pression anglaise, en 1419,  le futur roi Charles VII dut s’exiler à Bourges. Par le traité de Troyes (mai 1420), les parents de Charles VII déshéritèrent leur fils au profit d’Henri V d’Angleterre qui revendiqua l’héritage des Plantagenêt.

Les Anglais, sous la conduite d’Henri V, remportèrent des victoires décisives (Azincourt, le 25 octobre 1415). En conséquence, Charles VI reconnut Henri V comme son successeur, spoliant ainsi son fils, le Dauphin Charles.

Refusant cette décision, le Dauphin se fit proclamer roi de France sans avoir pu être sacré à Reims. Il mena alors une vie itinérante entre les châteaux de Chinon, Tours, Loches et Amboise

Après le mariage de Charles VII avec Marie d’Anjou en  1422,  la cour s’installa à Chinon en 1427.

C’est alors que Jeanne d’Arc apparut pour le persuader de la nécessité de se faire sacrer à Reims.

Jeanne d’Arc se présenta à  Chinon le 23 février 1429 après une chevauchée de onze jours. La première entrevue avec Charles VII se déroula au surlendemain de son arrivée, le 25 février 1429. Jeanne d’Arc fut logée dans le donjon du Coudray et sa virginité fut vérifiée par une assemblée de femmes placées sous la houlette de Yolande d’Aragon. Après quoi Jeanne partit à Poitiers rencontrer les conseillers et docteurs en théologie du roi afin qu’il puissent juger de sa bonne foi.

De retour à Chinon, Jeanne d’Arc fut reçue par le roi à qui elle apporta une couronne en or, signe matériel de sa promesse de le mener à Reims.

Cette rencontre marqua un tournant décisif dans le cours de la guerre de Cent Ans. Charles VII rassembla ses partisans derrière son étendard et leur redonna confiance. 

Vigiles du roi Charles VII
Les Vigiles de Charles VII, manuscrit de Martial d'Auvergne, vers 1484, B.N.F., Jeanne d'Arc conduite à Chinon.

Par la suite, la forteresse de Chinon fut abandonnée au profit de châteaux plus modernes et tomba peu à peu en ruines. Elle fut vendue comme bien national à la Révolution et répartie entre divers particuliers.

En 1840, la forteresse fut classée Monument Historique. Cependant, ses ruines étaient dangereuses et en 1854 la municipalité demanda la démolition des bâtiments. Prosper Mérimée intervint de façon décisive et la restauration de la forteresse fut entreprise.

D’importants travaux de consolidation et de remise en état ont été effectués depuis 2005.

Châteaux Loire France Carte
  • Photographies du château de Chinon : Zairon / CC BY-SA (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0) / Vadim Kurland / CC BY (https://creativecommons.org/licenses/by/2.0). / Franck Badaire, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0>, via Wikimedia Commons
  • Photographie des graffitis des Templiers : Christophe Raimbault CG 37
  • Plan de la forteresse de Chinon : Agnès Dahan, FAL, via Wikimedia Commons
  • Carte des châteaux de la Loire : Maximilian Dörrbecker (Chumwa) / CC BY-SA (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.5)
fringilla sit libero adipiscing justo amet, ipsum nec Praesent Retour haut de page